E-books, auto-édition

Hier soir, l’émission Capital diffusait un reportage sur les liseuses et les e-books. Pour ceux qui l’ont manqué, il est encore possible de l regarder sur M6 Replay.

Comme on pouvait s’y attendre, le reportage est assez superficiel, mais il faut dire que le sujet est trop vaste pour qu’on puisse tout aborder en si peu de temps, surtout que le journaliste ne s’est pas contenté de présenter les livres numériques, mais parle aussi des liseuses.

Deux points ont particulièrement retenu mon attention. Le premier, c’est les prix. Bon, il n’est plus à prouver que les éditeurs abusent et que oui, il y a souvent des e-books plus chers que les poches, parfois même plus cher que les grands formats. (Encore un exemple récent chez Belfond, qui s’est empressé de baisser le prix lorsque des articles dénonciateurs ont commencé à fleurir… De 23€, nous voilà donc passés à 18€. YOUHOU !) En tout cas, l’embaras de l’employée de Laffont est révélateur d’un certain malaise et d’une opacité complête dans l’arrêt du prix du e-book.

J’ignore si cette histoire d’entente qui est citée dans le reportage et qui aurait pour but de protéger les livres poches est réelle ou non, mais je suis septique. Car pourquoi les poches et pas les grands formats ? D’une manière générale, j’ai le sentiment que les éditeurs étaient réfractaires à cette percée du numérique et qu’ils essayaient de dégoûter les gens par une mauvaise qualité et des prix trop élevés. C’est peut-être le cas pour certains, mais j’ai aussi l’impression que comme c’est nouveau, ils ne savent pas quel prix fixer. Normalement, on se fie à un coefficient de 6, c’est-à-dire qu’on multiplie le coût unitaire de fabrication par six pour établir le prix de vente. Avec cette percée récente et le manque d’études de marché, les éditeurs ne savent pas encore quels prix fixer pour ne pas faire fuir les acheteurs potentiels. Et ceux qui vendent trop bas risquent de ne pas rentrer dans leurs frais, parce que comme pour les livres papier, on n’est pas sûr de vendre.

Cela amène au second point : la saturation du marché, et l’émergence de l’auto-édition, qui est abordé tout à la fin du reportage (avec une musique bien glauque, pour bien faire peur aux éditeurs qui regarderaient… LOL!)

L’auto-édition s’est beaucoup développé ces dernières années, notamment grâce à l’impression numérique qui fait considérablement chuter les coûts de fabrication des livres par rapport à l’offset et qui permet de bien plus petits tirages. Grâce à ça, de nombreux auteurs se sont improvisés éditeurs. Certains ont essayé de faire leur promo sur le net, ont réussi ou ont échoué. Quand j’étais en stage, un certain nombre d’auteurs nous envoyaient leur manuscrit en précisant qu’ils avaient déjà tenté l’auto-édition, mais qu’ils cherchaient un éditeur parce que la distribution/diffusion, c’est vraiment trop lourd à gérer quand on ne s’y connaît pas.

On servait encore à quelque chose quoi.

Maintenant, même plus besoin de se prendre la tête à démarcher des libraires, suffit de s’inscrire sur un site de diffusion type immatériel.fr et en deux clics c’est fait, si on en croit les propos du reportage. Quant à créer un e-book, facile avec des logiciels comme Calibre.

Problème : s’il n’y a pas de sélection par les éditeurs, avec quoi va-t-on se retrouver ? Bon, je ne pense pas qu’on tombera aussi bas que ce que certains peuvent essayer de poster sur HPF, mais imaginez, vous payez un livre, vous l’ouvrez, et vous avez quinze fautes à la ligne… *Réfléchis* Huum… Bon, d’accord, mauvais exemple, même les éditeurs publient parfois des trucs blindés de coquilles… Mais imaginez la qualité des scénarios *Reréfléchit et pense au succès de Twilight* OK, re-mauvais exemple. Mais et si ça devenait pire encore ? Brr !

Non, plus sérieusement, je me demande pourquoi j’ai choisi l’édition. Je savais déjà en m’engageant dans la voie que le secteur est en pleine crise, que je risquais d’avoir du mal à trouver du boulot. Plus tard, j’ai appris que les auteurs (et les gens en général), quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, nous prendront toujours pour des profiteurs qui cherchent à se faire du fric sur la tête des malheureux – ce qui est vrai pour certains, mais ça veut pas dire que tout le monde fonctionne pareil ! Mais si maintenant on me dit que l’éditeur il ne sert plus à rien parce que l’auteur peut se débrouiller seul… Bah y a plus qu’à descendre dans notre sous-sol, là où on entasse tous nos livres chéris depuis des années, et s’y enfermer pour ne plus jamais en ressortir.  Parce que de toute façon, on ne fait pas ce boulot parce qu’il y a de la place, pas pour la reconnaissance ou pour le salaire, mais bien parce qu’on a la passion des livres. Alors, finalement, quelle plus belle mort que de mourir au milieu de nos Précieux ? (Pour plus de mélodramatisme, je recommande la musique de Gladiator « Now We are free » en fond sonore)

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2 réflexions sur “E-books, auto-édition

  1. En même temps, ceux qui font de l’auto-édition, c’est bien souvent parce qu’aucune maison d’édition n’en a voulu, non ? Je vois pas ce que tu reproches à l’auto-edition. Elle ne vous vole pas votre travail, elle se charge de ceux qui auraient adoré vous en donner, mais n’ont pas trouvé grâce à vos yeux. Alors oui, je sais, comme tu le dis si précisément, la qualité d’un bouquin auto-édité, découle bien du fait qu’il n’y a pas de sélection, mais ose me dire que seuls les bouquins nuls ne sont pas retenus.

    Sinon, j’imagine qu’il y aurait du boulot en tant que consultant indépendant pour auteurs auto-édité. Seulement, l’auto-édition ne génère pas suffisamment d’argent pour nourrir quelqu’un qui fera le boulot de diffusion. Cercle vicieux.

  2. Je pense qu’il n’y a pas de règle absolu. Il y a de bons livres auto-édités et de mauvais livres soutenus par une maison d’édition. Si tous les livres édités par les « vrais éditeurs » étaient des chefs d’oeuvre, ça se saurait.

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