[Texte] Ouvrir un livre…

Rhi-Peann propose sur son blog un petit exercice : écrire un texte qui commencerait par « Ouvrir un livre… » J’ai eu envie de relever le défi avec un petit texte sans prétention. Cela fait trois mois qu’il traine sur mon disque dur, et je l’ai tellement corrigé et recorrigé que j’ai l’impression qu’il n’a plus le moindre sens….

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Ouvrir un livre, c’est plonger dans un autre univers. Je saisis la couverture, passe les pages de titre, les copyrights – oh, comme c’est rébarbatif ! Et enfin, j’y suis : le début du premier chapitre. Parfois, il faut un peu de temps pour que la magie s’opère. Je lis quelques lignes, mais il ne se passe rien. J’insiste. Et finalement, cela finit par se produire : mon imagination prend le dessus, l’univers commence à se créer sous mes yeux. Des décors apparaissent, des personnages se dessinent. Comme les mots ont leurs limites, je me concentre un peu et je laisse mon esprit prendre le relais pour combler les lacunes. Si ce portrait est décrit comme sinistre, c’est que l’homme représenté doit lancer quelques regards mauvais autour de lui…

Voilà, cette fois ça y est. J’y suis, dans cet univers fabuleux où tout devient possible. Où tout est permis !

Il y a un personnage là-bas. C’est le héros. Comme il a l’air seul et dépassé par les événements… Au fil des pages j’apprends à l’aimer. Je voudrais tant l’aider ! Mais comment faire ?

L’espace d’un battement de cil, une nouvelle silhouette se dessine. Elle me ressemble, à la différence que les traits de son visage sont fins, exactement comme j’ai toujours rêvé de les avoir. Ses cheveux d’une couleur qui aurait fait hurler mes parents. Et son caractère de cochon la rend adorable aux yeux de tout le monde ! Ainsi, me voilà dans l’histoire… Le héros me voit, il me salue chaleureusement comme une vieille amie. Il me remercie d’être là pour l’aider.

Ensuite, tout va très vite. Des pages qui se tournent, et les derniers mots à l’encre noire cèdent la place à la blancheur immaculée du papier. Voilà que déjà je referme le livre. Est-il possible que cela soit la fin ? Non. Non ! Pas déjà !

Ma main se tend avec frénésie vers la pile d’ouvrages qui n’attendent que d’être lus. Il ne faut pas que cela cesse. Lentement, inexorablement, le monde imaginaire s’efface, et le monde réel reprend le dessus. Il est tellement cruel, ce monde réel ! Ici, je n’ai pas le courage d’affronter le regard déçu de mes parents, de répondre quand les camarades de classe se liguent pour m’humilier. Ici, je ne fais qu’aller que de désillusions en désillusion, d’échec en échec, et jamais je ne trouve la force de me battre comme je voudrais.

Un nouveau livre et l’univers imaginaire se redessine autour de moi, réconfortant. Me revoilà, compagne d’un nouveau héros, plus forte et plus aimée que jamais. Le méchant s’en mord déjà les doigts !

La page se tourne. Je continue mon fabuleux voyage, quand soudain…

« Ça ne fait pas grand bien de s’installer dans les rêves, en oubliant de vivre, souviens-toi de ça. »*

J’arrête ma lecture. Tout se fige autour de moi. Je relis. Encore une fois. Et alors tout bascule. Le rêve est brisé. Je suis ramenée de force dans la réalité, loin de cet autre « moi ». De l’héroïne que j’aurais tant voulu être.

Je regarde le livre entre mes mains. Après un long moment d’indécision, je finis par y glisser le marque-page et le referme avant d’éteindre la lumière. Une fois de plus, je plonge dans un autre univers, celui des cauchemars où je ne contrôle rien, où je ne suis rien d’autre que… moi.

La voix de ma mère vient m’annoncer qu’il est l’heure de partir pour l’école. Étrangement, ce matin, contrairement aux autres matins, je n’ai pas mal au ventre. Je me lève, m’habille, et descends d’un pas décidé. La phrase n’a cessé de tourner dans ma tête toute la nuit.

J’enfile mon manteau, attrape mon sac. C’est décidé. Aujourd’hui, je ne me laisserais pas faire par ces monstres de camarades qui me mènent la vie dure. Aujourd’hui, je ne laisserais plus mes notes chuter en espérant vainement que quelqu’un s’aperçoive de mon existence.

Aujourd’hui, je serais l’héroïne de ma propre vie.**

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* Harry Potter à l’école des Sorciers, J.K.Rowling.
** « Sois le héros de ta vie » est une phrase clé du film L’île de Nim, adaptation du roman du même nom. Dans cette histoire, une auteur agoraphobe tente de se donner du courage grâce à cette phrase, qui a fait le succès de son best-seller intitulé Alex Rover.

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Je vais faire une confidence : même si cela reste une fiction, il y a quand même une grande part autobiographique. Quand j’étais ado, je me réfugiais dans mon imagination pour fuir la réalité. Puis un jour, je suis allé au cinéma pour le premier Harry Potter. Et ce jour là, la phrase prononcée par Dumbledore, qui ne m’avait fait aucun effet dans le livre, m’a frappée de plein fouet. « Il n’est pas bon de se perdre dans les rêves, Harry, en oubliant de vivre… »

Bon, cela ne m’a pas empêché de continuer à lire des livres comme mes camarades fumaient leurs pétards. Mais cela reste quand même à mes yeux l’une des plus belle phrase que j’ai entendu, et surtout l’une des plus marquante.

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