Littérature fantastique et homosexualité

Déjà, à l’époque où j’administrais HPF, la question de la séparation des romances et de ce qu’on appelle les Slash, c’est-à-dire les romances entre personnes de même sexe, se posait. Certains, comme moi, appréciaient que la catégorie Slash soit mise à part, car cela la rends plus visible et permet de s’y rendre directement quand on sait ce qu’on cherche. Par ailleurs, la visibilité permet de banaliser l’homosexualité. D’autres trouvent que séparer les deux revient à ségréguer la romance homosexuelle. Une forme d’homophobie passive, en quelque sorte. Je pense que les deux argumentaires se valent, et qu’il n’y a pas de solution miracle pour satisfaire tout le monde.

Récemment, j’ai découvert sur le FB d’une maison d’édition une annonce faisant part de l’ouverture d’une collection spéciale homosexualité. C’est la seconde que j’aperçois en peu de temps, et je ne doute pas d’en voir une troisième, et peut-être une quatrième suivre sous peu. Un effet, sans doute, de l’ouverture prochaine du mariage à tous les couples.

D’un côté je trouve ça très bien d’encourager ainsi les auteurs à placer des couples dans leurs romans, car ça me parait manquer un peu. De l’autre, je suis aussi un peu plus mitigée.

Personnellement, j’aime parler d’homosexualité dans mes histoires. En fait, même si ça doit être loin en arrière plan, je ne pourrai pas m’en passer. Et pourtant, à supposer qu’un jour je franchisse le pas de la publication, je n’aimerai pas que ces histoires se retrouvent dans ce genre de collection. Pourquoi ? Parce que dans mon cas, c’est l’histoire qui prime, et je n’ai pas envie que l’homosexualité passe comme un argument de vente si elle est secondaire. S’il s’agit d’une romance par contre, effectivement, c’est l’histoire du couple qui prévaut, donc il est normal que l’aspect Yaoi/Yuri soit mis en avant.

Là où ça coince, c’est que quand je lis le descriptif que ces maisons font de leur collection, j’ai le sentiment qu’elles cherchent des histoires fantastiques, avec comme arrière plan une romance homosexuelle. Donc, elles souhaitent publier des textes qui pourraient être catégorisés ailleurs, dans de la Fantasy par exemple, et que les amateurs de Fantasy ne verront du coup pas forcément, parce qu’en cherchant des nouveautés, ils n’auront pas l’idée de regarder dans cette collection.

Cette séparation est-elle réellement une bonne idée? D’un côté, on peut séduire un nouveau publique (dont j’avoue être la première intéressée) de l’autre, on risque de perdre des lecteurs déjà acquis. C’est kif-kif !

Bref, comme pour les fics, il n’y a pas de solution miracle pour bien présenter les romans avec contenu Yaoi/Yuri. A vrai dire, en tant que lectrice, je ne sais pas ce que je préfère : tomber sur une romance par hasard et fondre comme un gros tas de guimauve, ou me laisser hameçonner sciemment par une collection dédiée.

Quoi qu’il en soit, j’attends de voir les premiers ouvrages. 🙂

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3 réflexions sur “Littérature fantastique et homosexualité

  1. Je suis d’accord avec toi en ce qui concerne les arguments pour et contre la séparation des romances dites « slash ». J’en ajouterais même un : j’ai récemment reçu (et accepté !) un manuscrit qui m’a été présenté comme de la romance M/M par son auteure. J’imagine qu’elle s’est débrouillée avec les étiquettes que mes collections proposaient… Sauf qu’en lisant l’histoire, c’était tellement plus complexe ! Ça tourne autour de l’identité de genre beaucoup plus que de l’orientation sexuelle. Appeler ça une romance M/M, ça me semble aller contre tout ce qu’essaie de montrer le récit… Du coup, j’ai décidé d’ajouter « trans* » à ma collection « homosexuelle ».
    En tout cas, pour justifier mon choix de faire une collection à part au sein des Éditions Laska, je dirais que j’ai simplement imité ce qui se faisait déjà. Mon but n’est pas de défendre une autre, une nouvelle forme de romance, du coup j’ai simplement repris les codes et les habitudes du genre telles que je les connaissais, pour que les habitués s’y retrouvent.
    Je crois que tout le débat revient à la légitimité et à la pertinence de faire de l’homosexualité un sous-genre de romance. La différence est-elle du même acabit que celle qui oppose contemporain et historique, par exemple ? En termes de lectorat, peut-être, d’où le choix des éditeurs de les traiter comme équivalentes. Cela dit, les recouvrements et croisements entre ce qu’on considère comme des genres différents ne concernent pas que la question hétéro-/homosexualité : à quel sous-genre rattacher une romance policière historique, par exemple ?
    La question peut aussi être rapportée à la romance en entier. Les amateurs de fantastique vont-ils bouder ma collection fantastique parce qu’elle se présente sous le chapeau « romance » de ma maison d’édition ? Idem pour le policier…

  2. Perso, je ne cherche jamais un roman pour la romance que je trouverai dedans. Donc je n’irai jamais chercher une romance hétéro ou homo pour elle-même. J’ai récement lu un livre avec une histoire d’amitié un peu tendancieuse (je ne révèlerai pas lequel pour ne pas saboter la surprise le cas échéant) et j’ai été ravie de la découvrir, bien que roman soit ancré dans d’autres choses (une histoire, des personnages…). En somme, comme Agathe, je lis un livre pour son histoire, pas pour sa romance. Après, la romance doit servir l’histoire, et si elle est homosexuelle, grand bien en fasse aux protagonistes 😀 c’est pour moi « un détail » .
    Et pour répondre à Jeanne de Laska, personnellement, j’essaie de me détacher un peu des étiquettes, mais si je cherche un roman fantastique, je ne regarderais probablement pas en premier dans une maison d’édition spécialisée en romance… Après, comme je fais l’effort de me détacher des présupposés, je ferai l’effort de venir découvrir, sans aucun doute, car il y a du bon dans tous les genres mais je me mets à la place du consommateur lambda : si je cherche du fantastique, je vais chercher dans une collection estampillée fantastique, pas romance 🙂 Ca ne m’empêche pas d’apprécier une bonne histoire d’amour, je reste une grande fleur bleue devant l’éternel ^^
    Pour la différenciation, je me demande s’il ne vaut mieux pas, tout simplement, être bien clair sur la présentation, tout en mélangeant à une autre catégorie. Histoire de ne pas générer d’attente erronnée tout en indiquant que « c’est le même genre » (romance). Mais je ne suis pas du tout éditrice, donc en fait, c’est un pur avis de consommatrice ^^

  3. Je pense comme toi. J’aime bien de nombreux mangas ou fics qui ont un aspect yaoi mais je n’aime pas quand c’est sur le devant de la scène. Mais en fait, c’est surtout que je n’aime pas les histoires basées sur de l’eau de rose, qu’elles soient hétéros ou homos. Je pense que ce n’est pas une mauvaise idée de créer une édition spécialement dédiée à la littérature homo. Elle s’adressera aux fans du genre. Cela n’empêche pas de classer les histoires qui abordent l’homosexualité, sans faire de la romance le centre de l’intrigue, dans d’autres collections ou éditions 🙂 (et je ne pense pas que ce soit une discrimination de mettre les romances homo à part. C’est plus simple pour le public qui aime ça de se repérer. A condition bien sur de ne pas classer les romans où cet aspect est secondaire, dans la même catégorie!)

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