Toute une culture qui disparait…

Cela fait des années maintenant qu’on entend parler de la crise économique à tout va. Des années que j’entends dire que le marché du livre ne se porte pas bien. Et pourtant, c’est seulement depuis quelques mois que j’en prends réellement la mesure.

Bien sûr, il y a des signes qui ne trompent pas, comme le fait que les éditeurs ne prennent soit que des personnes qui ont minimum deux ans d’expérience derrière eux sur un poste similaire (même pour être fabriquant, quand ces mêmes éditeurs se plaignent d’un manque de jeunes fraîchement sortis des écoles), soit des stagiaires pour moins de deux mois – car au-delà, il faut les payer. Mais bon, ça, à la limite, ça fait longtemps que je me suis fait une raison.

Non, si je me sens particulièrement chagrinée ce matin, c’est à cause de toutes les fermetures de librairies que je vois se multiplier sans qu’on ne puisse rien y faire.

Début 2011, le Virgin de Bordeaux-Mérignac a fermé ses portes, car pas suffisamment rentable. C’était bien avant que l’on apprenne officiellement la mauvaise santé du groupe. Un coup au cœur pour moi et mon compagnon – enfin, surtout mon compagnon qui est un fan de la marque. Désormais nous n’avons plus près de chez nous que le Cultura, à moins d’avoir le courage de nous faire une heure de transport en commun jusqu’à Bordeaux centre.

Un an plus tard, alors que je suis partie faire mes études à Toulouse, c’est la librairie Castéla que je vois fermer. Gros coup dur pour la ville. D’après les rumeurs qui circulaient à l’école, le propriétaire a délibérément augmenté le loyer de la librairie pour l’en chasser et proposer ainsi le bail à une entreprise plus importante – Orange en l’occurrence. Vu l’emplacement, ça aurait été bête de ne pas en profiter au maximum… (*Ironie*) Aujourd’hui – où du moins, la dernière fois que je suis allée à Toulouse, en février dernier – les locaux avaient été divisé en deux, et une boutique de chocolat en occupait une moitié tandis que l’autre restait vacante.

Quelques mois plus tard, c’est au tout de Virgin Toulouse d’annoncer sa fermeture définitive, avant d’apprendre que le groupe est en cessation de paiement et cherche un repreneur.

Hier, mon homme reçoit un mail de Virgin annonçant que des promos exceptionnelles venaient de débuter dans le magasin de Bordeaux centre : -50% sur tous les produits, sauf les livres. Sur un coup de tête, nous décidons d’y aller. Et sur place, le choc. Je n’y ait jamais vu autant de monde, pas même à Noël. A 14h, tout le rayon informatique avait été vidé, il ne restait plus rien. Comme le disent les employés dans les colonnes de Sud-Ouest ce matin, tout sera probablement revendu. Petit à petit, on prends la mesure de ce qui est en train de se passer : ça y est, Virgin Gambetta va fermer. Définitivement. Les employés nous le confirment. Certains envoient bouler tous les gens qui les approchent, d’autres ont l’air de prendre ça avec philosophie.

Ce matin, c’est une connaissance toulousaine qui fait tourner une pétition via Facebook et son blog car Privat est à son tour menacé. La librairie elle-même fait du profit, mais le groupe à laquelle elle appartient – Chapitre, en l’occurrence – est menacé. Donc, oui, on coupe côté livre, logique…

Et je ne parle même pas de la FNAC, dont la presse commence à parler de la mauvaise santé. Au moins essayent-ils de s’en sortir en se diversifiant, par la vente d’électro-ménager notamment.

———

Dans tout ça, il y a quelque chose qui me fait mal. On pourrait se dire « Bon ben tant mieux, la fermeture des grosses enseignes va profiter aux petites libriaries », mais ce serait bien naïf. Les gens continuent à préférer les grands espaces avec beaucoup de choix pour tout avoir tout de suite, et surtout, qui ne proposent pas que des livres ou que des DVD. Donc, où vont-ils aller ? Sur internet et Amazon, plus précisément.

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5 réflexions sur “Toute une culture qui disparait…

  1. Je ne sais pas comment ça va se dérouler. Je vois dans mon entourage (version éloigné, lointain, connaissances ect), que la fermeture que des groupes comme Virgin a autant poussé vers les petites librairies que vers l’achat sur internet. J’ai l’impression que l’achat sur internet est devenu pour les ebooks et que la librairie pour la version papier (en tout cas, je le répète, pour ce que j’observe, et pourtant je suis loin d’être entourée de lecteur 🙂 ). Qui sait ? N’y aurait-il pas un réveil soudain comme on peut le voir pour l’artisanat, l’agriculture paysanne, locale ? Avec toute la notion de conseil lié évidemment.
    Je vis actuellement (plus pour longtemps yououuuhouuu) dans une ville qui ne propose rien niveau culturel. Mais genre rien. Si tu veux acheter un livre, un DVD ou un CD … faut aller à Carrefour, ou se taper 1h de route jusqu’à la ville voisine. Dur. N’y aurait-il pas une innovation dans cette ville ? Les gens sont-ils à ce point fermé par se déplacer en petites librairies ou ont-ils eu toujours le réflexe d’aller sur internet/en grande surface pour se procurer ces biens ? Cercle vicieux ?
    Bref, un gros pavé pour dire « books will survive ».

    • J’imagine que le fait de préférer les e-books sur internet vient du prix qui est moins élevé (enfin quand on y regarde de plus près, tout est relatif)
      Une ville sans rien au niveau culturel, c’est bien triste. J’ai connu ça quand j’étais ado, ça me rendait dingue. Depuis une librairie a ouvert, ça laisse un peu d’espoir ^^

      • C’est sûr que le prix de certains ebook font rêver (toute la gamme des classiques gratuits, quelques romans érotiques à moins d’1€, quelques romans autoédités à moins de 2€ … 🙂 ). Généralement je n’achète rien de plus de 2€, j’estime qu’à ce prix je peux largement chiner !

  2. La situation à Toulouse n’a pas changé par rapport à ce que tu connais (les locaux de Virgin ont été repris par Zara si je ne me trompe…). Par contre, je ne savais pas pour Privat.
    Par contre, à l’inverse, Album est redevenu indépendant et a repris son ancien nom Bédéciné (après 7 ans signés avec Album). Il y a aussi une nouvelle librairie Série B (spécialisée dans le polar/thriller/SFFF) qui s’est ouverte à deux pas d’Imagin’ères.
    Mais dans l’ensemble, le marché n’est pas au beau fixe, non… Il faut dire qu’en plus du budget loisirs qui a clairement diminué, les gens profitent des sites en ligne, notamment le grand A. qui fait tant de mal.

    • C’est vrai que j’en avais oublié ces deux librairies, tu me remonte un peu le moral ^^
      La dernière fois que je suis allée à Bédéciné, ils venaient juste de reprendre leur nom et étaient en train de refaire leurs stocks. J’espère que ça se passe bien depuis.
      Pour Série B, j’ai pas eu l’occasion d’y faire un tour, comme ils ont ouvert un peu avant que je déménage. Mais je me souviens avoir lu un article dans lequel le fondateur restait optimiste quand au marché, surtout pour les librairies spécialisées comme la sienne. A voir…

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